Conférence 3

Mise en place d’aide technique à la communication auprès du public adulte en structure de soins : partage d’expérience

    Creth'Connect : Conférence 3

    Cette conférence avait pour objectif d’explorer la place de la communication alternative et améliorée (CAA) dans l’accompagnement des patients adultes présentant des troubles de la communication en structure de soins. Après un rappel des notions de base, les intervenants ont présenté les évolutions technologiques récentes ainsi que plusieurs expériences de terrain menées auprès de patients atteints notamment de sclérose latérale amyotrophique (SLA), d’aphasie ou de troubles neurologiques.

    La CAA regroupe l’ensemble des moyens humains et matériels permettant à une personne de communiquer lorsque la parole est absente, altérée ou insuffisante. Elle peut prendre des formes très diverses : gestes, pictogrammes, écriture, tableaux de communication, applications sur tablette ou smartphone, synthèses vocales ou encore commandes oculaires. Ces outils visent à soutenir l’expression des besoins, le maintien du lien social, la participation aux activités quotidiennes et l’autonomie de la personne. Ils concernent de nombreux publics, notamment les personnes atteintes de maladies neurodégénératives, les patients aphasiques après un AVC ou les personnes présentant des handicaps moteurs sévères.

    Les intervenantes ont souligné un paradoxe important : malgré les bénéfices reconnus de la CAA, celle-ci reste encore très peu proposée en rééducation. Une étude récente citée lors de la conférence montre que les aides à la communication représentent moins de 2 % des mesures fonctionnelles mises en place chez les patients aphasiques. Cette situation s’explique notamment par des croyances persistantes selon lesquelles ces outils seraient réservés aux besoins élémentaires ou risqueraient de freiner le développement du langage oral.

    Une large partie de l’exposé a été consacrée aux perspectives offertes par les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle. Les recherches actuelles portent notamment sur l’interprétation des intentions de communication à partir de mouvements minimes, de la respiration ou même de l’activité cérébrale. D’autres innovations permettent déjà de prédire des réponses adaptées au contexte conversationnel, de transformer automatiquement la parole en pictogrammes, de traduire des messages dans différentes langues ou encore de recréer une voix naturelle à partir d’enregistrements existants. Les scènes visuelles, constituées de photographies personnalisées servant de support à la communication, ont également été présentées comme une approche particulièrement intéressante pour les personnes aphasiques.

    Les intervenantes ont toutefois insisté sur la nécessité de rester prudents face à ces innovations. Si les technologies évoluent rapidement, les preuves scientifiques concernant leur impact réel sur la communication et la participation des personnes restent encore limitées. Les défis actuels concernent donc autant l’évaluation de leur efficacité que leur mise en œuvre concrète dans les structures de soins, la formation des professionnels et l’accompagnement des familles.

    Enfin, plusieurs professionnels de terrain (logopèdes et ergothérapeutes) ont partagé leurs expériences cliniques. Un exemple marquant concernait une patiente de 67 ans atteinte de SLA bulbaire. L’équipe avait progressivement introduit une application de communication avec synthèse vocale afin d’anticiper l’évolution de la maladie et de préserver ses capacités de communication le plus longtemps possible. Ce témoignage a illustré l’importance d’une intervention précoce, personnalisée et évolutive, adaptée aux besoins et aux capacités changeantes de chaque patient.

    En conclusion, la conférence a montré que les technologies de communication offrent aujourd’hui des possibilités considérables pour soutenir la participation sociale et l’autonomie des patients adultes. Toutefois, leur efficacité dépend moins de la technologie elle-même que de la qualité de l’accompagnement, de l’appropriation par les utilisateurs et de leur intégration dans les pratiques de soins quotidiennes.

    La conversation suivante porte sur l’utilisation des aides à la communication, en particulier des outils technologiques de communication alternative et augmentative (CAA), auprès de personnes présentant des troubles sévères de la communication, notamment dans le contexte de l’aphasie, des maladies neurodégénératives ou de handicaps complexes.

    Les intervenants identifient plusieurs freins à la mise en place de ces outils. Parmi ceux-ci figurent la méconnaissance ou la crainte des technologies par certains patients, familles ou professionnels, le manque de temps disponible dans les structures de soins, les contraintes institutionnelles, ainsi que la présence de troubles cognitifs ou moteurs associés. Les participants soulignent également l’importance du processus d’acceptation : certaines personnes doivent faire le deuil de la communication verbale ou accepter l’évolution de leur maladie avant de pouvoir s’approprier un outil de communication alternatif.

    Face à ces difficultés, de nombreux facteurs facilitants sont mis en avant. L’un des principaux est l’intégration de l’outil dans la vie quotidienne du patient plutôt que son utilisation exclusive lors des séances de rééducation. Les intervenants insistent sur la nécessité que la tablette ou le dispositif de communication accompagne la personne dans l’ensemble de son parcours de soins. L’implication de l’ensemble des partenaires de communication — famille, soignants, équipe paramédicale et entourage — est également considérée comme essentielle. La sensibilisation et la formation des équipes permettent de réduire les craintes et d’améliorer l’appropriation des outils.

    Plusieurs exemples concrets sont présentés. Des affiches explicatives placées dans les chambres permettent au personnel de positionner correctement les dispositifs et de connaître les procédures de base. L’utilisation fonctionnelle des outils, par exemple pour envoyer des courriels, regarder des vidéos ou jouer à des jeux, favorise leur apprentissage progressif avant qu’ils ne deviennent indispensables à la communication. Les participants soulignent également l’intérêt des systèmes de prêt de matériel proposés notamment par le CRETH, qui permettent d’adapter les solutions à l’évolution des besoins des personnes, en particulier dans le cadre de pathologies évolutives comme la SLA.

    La discussion met aussi en évidence l’importance d’une approche centrée sur les situations de communication réelles. Les intervenants rappellent que la technologie n’est pas une solution unique ni systématique. Une communication efficace repose souvent sur la complémentarité de plusieurs moyens : communication gestuelle, tableaux papier, alphabets, synthèse vocale, outils numériques ou aides techniques plus simples. L’objectif n’est pas de remplacer les modes de communication existants, mais de les compléter afin de permettre à la personne de communiquer dans tous les contextes de sa vie quotidienne.

    Enfin, la conversation souligne le rôle central de l’accompagnement humain. Les rencontres avec les familles, la coordination interdisciplinaire, le soutien institutionnel, les formations et le partage d’expériences sont présentés comme des conditions essentielles à la réussite des projets de communication alternative. Au-delà de la technologie, c’est la mobilisation de tout l’environnement de la personne qui permet de favoriser sa participation, son autonomie et son inclusion dans les différents aspects de la vie sociale.

    Cette séquence correspond à la conclusion d’une journée de congrès consacrée à la place des technologies de communication dans les parcours de soins et d’accompagnement.

    Les intervenants reviennent d’abord sur l’origine de plusieurs projets développés par le CRETH. Le projet de pré-accompagnement est né d’un constat d’insatisfaction face aux délais importants entre l’apparition d’un besoin et l’obtention d’une aide technique, particulièrement problématiques pour les personnes atteintes de maladies neurodégénératives. Le modèle basé sur le prêt et le réemploi du matériel a permis d’améliorer considérablement la rapidité d’accès aux aides tout en générant d’importantes économies et une meilleure satisfaction des bénéficiaires.

    La discussion aborde ensuite le projet Vital Voice, développé dans le milieu hospitalier. Les participants soulignent qu’il existe encore une inégalité importante entre les personnes qui ne parlent pas la langue du soignant, pour lesquelles des solutions de traduction sont généralement recherchées, et les personnes privées de parole en raison d’un handicap ou d’une pathologie, pour lesquelles aucune obligation légale n’impose actuellement la mise à disposition d’outils de communication en Belgique. L’intégration progressive de la communication alternative et augmentative (CAA) dans les hôpitaux est cependant perçue comme une évolution positive qui contribue à faire reconnaître la communication comme un droit fondamental.

    Les intervenants s’accordent sur le fait que les outils de communication, qu’ils soient technologiques ou non, jouent un rôle essentiel dans l’accès aux soins, à la sécurité, à l’expression des besoins et à la participation sociale. Ils rappellent toutefois que la technologie n’est pas une fin en soi et qu’il est indispensable d’adapter les solutions aux besoins, aux capacités et aux préférences de chaque personne. Dans certains contextes, des supports simples peuvent s’avérer aussi pertinents que des dispositifs plus sophistiqués.

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